Les pavillons
Préparer son voyage, c'est aussi, et peut-être même avant tout, imaginer ses escales, les pays que l'on va visiter, et donc logiquement les pavillons de courtoisie qu'il va falloir arborer. Couleurs ? Pavillons de courtoisie ? Où, quoi, comment ? Voici un petit rappel des règles en vigueur, et des us et coutumes à respecter lors de votre voyage en ce qui concerne les pavillons...
Par: Isabelle MARMOUSEZ et Coralie PANSIOT - Photos : DR

Le pavillon est probablement la première caractéristique d'un navire. Longtemps, c'était la seule manière de savoir si le bateau que l'on croisait était un ami ou un ennemi. Aujourd'hui, cela permet de savoir si le navire est en détresse, s'il veut communiquer avec vous, ou si le skipper est à bord, par exemple. Bref, les pavillons servent encore et toujours à la communication, et il convient de bien connaître les usages avant de partir naviguer autour du monde !

L'utilisation du pavillon national

Ce sujet fait partie de l'étiquette navale que nous avons tous tendance à oublier, et il comporte de nombreuses particularités.
Le pavillon national, également appelé "couleurs", sert à identifier la nationalité du navire, et éventuellement son statut. Sachez qu'il n'y a aucun "drapeau" à bord. Ce n'est pas un terme marin... En Suisse, comme en Angleterre ainsi que pour d'autres pays, il y a une différence entre le drapeau national et le pavillon maritime. En France, si son apparence est la même que le drapeau tricolore, il est tout de même légèrement différent. La largeur des bandes est progressive : bleu 30 %, blanc 33 %, rouge 37 %. Ceci pour donner l'impression de largeurs identiques lorsque le pavillon flotte au vent. Logique, car la dernière tranche (rouge) ondule plus que la première (bleue) qui est attachée au mâtereau.
Les navires de plaisance utilisent le même pavillon national que la marine marchande. Il doit toujours être en bon état ; en cas de graves dégradations, on pourrait se voir reprocher un acte d'outrage au drapeau national. L'envoi et l'amener des couleurs sont toujours la responsabilité du capitaine.
Le pavillon national doit être proportionnel à la taille du navire. Si le minimum semble laissé à l'appréciation du skipper, le maximum est d'1/10 de la taille du bateau, à la condition expresse que le pavillon ne touche jamais l'eau, ni le pont.
Pour un bateau de 15 m, le pavillon fera au maximum 1,5 m de long et 1 m de haut, puisque les pavillons sont au format 2/3 (guindant = 2/3 battant).

Dans cet exemple, le pavillon est très grand, mais quand on aime... Enfin, le pavillon national doit bien sûr être le plus grand pavillon arboré à bord.
Un pavillon s'envoie et se rentre. On ne doit cependant pas dire "rentrer" pour ce qui est du pavillon national : cela signifierait que l'on se rend à l'ennemi ! Ainsi, pour les couleurs, on dit "amener". Les couleurs sont toujours envoyées non ferlées, le pavillon national s'envoie donc déjà "ouvert".
Le pavillon doit être hissé à bloc. Le pavillon ne peut pas être fixé sur le pataras (sauf exception pour les sloops, qui peuvent l'envoyer sur le pataras à deux tiers de sa hauteur). Ne pas respecter ces deux points implique une signification particulière : le deuil.

Bienvenue

En navigation

En navigation dans les eaux étrangères, le pavillon national doit toujours rester hissé.
Gréement sloop : il se place sur un mâtereau droit (également appelé "digon") à la poupe et à tribord du bateau. Le mâtereau peut être incliné vers l'arrière pour mieux présenter le pavillon avec peu ou pas de vent.
Gréement ketch ou yawl, il doit être installé en tête de mât d'artimon ou de tape-cul. Une petite drisse extérieure déportée sur l'arrière résout ce problème.
Gréement aurique, il doit être installé en bout de corne. Gréement goélette, il doit être installé en tête du grand mât.
Pour un navire à moteur, on l'envoie au couronnement.
Au mouillage ou au port :
Pour tous les gréements, le pavillon doit être à la poupe, comme indiqué pour le sloop. Ce qui implique un double système pour les gréements autres que sloop. Pas de chance...
Les bateaux à voile et les bateaux à moteur peuvent arborer le pavillon national sur une hampe à la poupe à tribord ou au milieu, jamais sur bâbord...
Si le bateau doit rester inhabité pendant une période relativement longue, il est préférable de ranger le pavillon.

Grand pavois
Usage

- De jour, à l'entrée et à la sortie d'un port.
- Au port, entre 8 heures et 20 heures, mais pas plus tard que le coucher du soleil, et au minimum le dimanche et les jours fériés.
- Au mouillage, entre 8 heures et 20 heures, mais pas plus tard que le coucher du soleil.
- En mer, dans les eaux territoriales (notion très variable suivant les pays) à la requête ou en vue de bateaux officiels (coast guards, douanes, guerre, etc.). Les règles pouvant varier d'un pays à l'autre, on se conformera aux usages locaux. Pour ce faire, on observera l'usage des bateaux de guerre, du yacht le plus grand du port, du club nautique ou de la capitainerie. On notera que le fait de laisser un pavillon de nuit est à considérer comme un manque de respect des couleurs nationales.
- Les saluts se font toujours avec le pavillon national. En principe, les yachts doivent le salut à tous les navires de guerre. Les navires de guerre peuvent obliger le salut par les pavillons du code international.
- On ne doit saluer un navire en route ou au mouillage que si ses couleurs sont envoyées.
- Le salut s'effectue en rentrant lentement le pavillon national jusqu'au couronnement, et en le hissant lentement à bloc :
3 fois pour un navire de guerre,
1 fois pour un navire de commerce de pêche ou un yacht.
- Le navire de guerre peut répondre en envoyant une fois son pavillon à mi-drisse.
- Si le pavillon national n'est pas à poste, aucun autre pavillon ne peut être à poste (à l'exception du pavillon de course).
- En l'absence d'équipage à bord, aucun pavillon ne devrait battre.
- On ne doit jamais mettre deux pavillons nationaux l'un en dessous de l'autre, ce serait une injure pour le pavillon inférieur. Il y a cependant une exception à cette règle : lorsqu'on rentre au pays et que l'on veut honorer les divers pays qui ont été visités, en les mettant à la suite les uns des autres, sur une même drisse.

Pavillon de course

Le deuil

Le pavillon flottant librement est hissé à bloc, puis descendu lentement à mi-hauteur. Comme sur nos sloops, le mâtereau est bien souvent trop petit pour que cela ait un sens, la solution de remplacement est d'utiliser une drisse et le pataras. Le signe de deuil sera alors le pavillon national porté à mi-hauteur du pataras. Ce devrait être le seul cas de l'utilisation du pataras. Le deuil se porte le jour de l'annonce du décès, jusqu'au coucher du soleil. Pas plus. Le deuil est porté en cas de décès du propriétaire, d'un membre important du club nautique ou du chef d'Etat ou du chef de la famille régnante.

Catamaran pavillon île Maurice

Salut

Les mouvements de pavillon national pour le salut restent d'application, ils ne sont, en pratique, pas utilisés pour la plaisance. Les puristes ne seront pas d'accord. Pour mémoire, le salut se fait avec le pavillon national. L'usage demande que les couleurs soient descendues lentement aux 2/3 de la hauteur, le pavillon étant gardé ainsi jusqu'à ce que l'autre ait répondu ; on l'envoie alors à nouveau à bloc.

Pour en savoir plus sur les autres pavillons, lisez notre article Les autre pavillons.